Faire ou ne pas faire de la politique pour son pays

  • Posted on: 28 May 2016
  • By: tran thi
« Je ne fais pas de politique », cette réponse nette et tranchante fut celle d’un certain nombre de Vietnamiens chaque fois qu’ils étaient invités à participer à la lutte pour défendre la liberté du Sud Vietnam d’avant mai 1975.
 
Aujourd’hui, bien des années après, la même réponse est encore répétée par les mêmes ou par des Vietnamiens d’une autre génération quand on leur propose de participer au combat  pour la démocratisation et la modernisation du Vietnam, combat visant à promouvoir la liberté, la démocratie et la justice sociale afin de créer de nouvelles opportunités favorables pour un avenir meilleur pour leur propre pays.
 
Pendant toutes les deux périodes de l’histoire du Vietnam, avant et après 1975, cette réponse porte en elle-même une signification tellement lourde de conséquences qu’il convient de l’examiner sérieusement
 
Que veut dire l’expression « Je ne fais pas de politique » ? Et a contrario que veut dire l’expression « Je fais de la politique » ?
 
Que veulent dire ceux qui affirment ne pas faire de politique et ceux qui, au contraire, déclarent en faire avec non moins de force. J’entends ici que « la participation à l’action politique » n’est qu’une façon de « faire de la politique » et ne distingue pas les deux expressions.
 
I)                  La définition de la politique
 
Pour comprendre l’attitude des gens devant la politique il faut définir cette dernière avec précision. Car même dans les pays à haut niveau culturel on a souvent des notions divergentes de la politique.
 
Avant tout, la politique est l’art de gouverner. Dans une plus large mesure elle comprend aussi les relations que les nations entretiennent entre elles et celles des nations avec les institutions internationales.
Les théories relatives à l’organisation de l’Etat, aux institutions et aux partis politiques relèvent aussi de la politique.
 
Dans le langage marxiste qui sous-tend la lutte des classes la politique est la partie principale de la superstructure. Cette dernière comprend les idéologies, les institutions politiques centrales d’un Etat reposant elles mêmes sur une infrastructure constituée par les forces productives et les rapports de production, base matérielle de la société.
 
En définitive, peu de termes ont un sens plus large que le terme politique puisque celui ci englobe plusieurs aspects des plus importants de l’Etat, des institutions internationales et du monde en général.
 
II)              Faire ou ne pas faire de la politique
 
La définition de la politique au sens large éclaire la question de la participation ou de la non -participation à l’action politique. Ceci est très important pour les Vietnamiens de l’intérieur comme pour ceux vivant à l’étranger.
 
Notre peuple est un des peuples les plus malchanceux du monde. Après avoir subi une longue guerre par intermittence pendant trente ans, avec des phases de violence succédant à de courtes périodes d’accalmie, il doit vivre depuis trente ans sous le joug d’un régime implacable. Pour secouer ce joug le pays a besoin de l’aide de tous ses enfants.
 
La question de la participation ou non à l’action politique se pose dans tous les pays du monde. Car d’une manière ou d’une autre tout homme participe plus ou moins à l’action politique. L’homme n’est-il pas dénommé « animal politique » ? Chacun de nous est lié à sa société, sa nation par un ensemble de droits et d’obligations.
 
Exercer ses droits de citoyen dans un pays démocratique, poser sa candidature aux fonctions électives sont autant de formes d’action politique. C’est à travers ces activités d’usage que la grande majorité des citoyens participent à la vie politique de leur pays.
 
Lutter contre la fraude électorale, revendiquer le droit de vote, faire campagne pour un ou plusieurs candidats, c’est faire de la politique, c’est s’engager politiquement pour servir et défendre la démocratie. Sans l’action des hommes dynamiques et courageux bien des pays en développement seraient déjà tombés sous la domination des régimes dictatoriaux. La démocratisation des pays d’Amérique latine pendant les trois dernières décennies illustre ce fait historique.
 
Exprimer ses idées, affirmer son point de vue sur les questions qui intéressent le pays ou le monde, c’est faire de la politique, car on montre ainsi sa pensée, son opinion en tant que citoyen d’un pays libre et démocratique.
 
Participer aux activités d’une organisation, d’un mouvement politique ou d’un parti politique, c’est faire de la politique, c’est prendre son engagement de réaliser et servir un idéal, une aspiration qui dépasse les intérêts particuliers. La vraie démocratie prend sa source ici même. Car l’apprentissage de la démocratie se déroule dans ce champ d’action.
 
Occuper une fonction dans la structure du pouvoir public, faire partie d’un gouvernement, c’est faire de la politique, puisqu’on exerce collectivement le pouvoir et engage solidairement sa responsabilité devant la représentation nationale.
 
Dans l’ensemble, quand les hommes choisissent de vivre en communauté, au sein d’une société, d’un Etat, tout le monde participe d’une façon ou d’une autre à l’action politique pour que survive et se développe la nation. Participation active et volontaire à la vie politique du pays ou participation passive et inconsciente sont également des actes politiques. Le silence lui-même devant un événement qui affecte le pays est aussi une attitude politique.
 
Cependant, il y a toujours un certain nombre de gens qui ne veulent pas s’impliquer dans l’action politique, qui ne s’intéressent pas à autre chose que leur vie matérielle de tous les jours. Ils s’enferment dans leur coquille bien close sans se préoccuper du « climat » politique et social du monde extérieur.
 
En raison de l’interdépendance actuelle des nations du monde, aucun pays ne saurait vivre en vase clos pas plus que l’individu dans son univers isolé. Se hausser au dessus du cadre étroit de sa vie pour entrer en relations avec la société, pour partager avec les autres les mêmes soucis, les mêmes projets, les mêmes espoirs, c’est faire de la politique.
 
C’est précisément notre capacité de nous organiser en société, en nation, qui nous distingue des animaux mêmes les plus intelligents, alors qu’à l’époque préhistorique entre les hommes et eux il y avait peu de différences.
 
Certes, à travers l’histoire, depuis l’époque où les idées politiques étaient encore rudimentaires jusqu’au moment où elles atteignent le haut point de développement, il y a toujours, en dehors des hommes politiques vertueux, des politiciens véreux qui profitent de la confiance du peuple pour s’approprier le pouvoir. Ils profitent également de la passivité de ceux qui « ne font pas de politique » pour faire fortune en bradant leur conscience et leur honneur.
 
Mais ce phénomène déplorable ne saurait ternir l’auréole prestigieuse de l’action et de l’engagement politiques. Cette auréole est faite de moralité et de sacrifices des hommes politiques vertueux qui, toute leur vie, oeuvrent pour le bien du peuple.
 
Participer à l’action politique c’est accepter de relever les défis du destin, c’est dépasser sa propre personne pour coopérer avec les autres au service de son pays, pour faire de celui-ci un composant digne et respectable de la communauté internationale et non plus un pays assisté.
 
Participer à l’action politique c’est prendre volontairement sa responsabilité vis-à-vis de son pays, c’est combattre l’indifférence des gens qui se considèrent comme des « observateurs objectifs », alors que le pays en péril a besoin de chacun des siens pour échapper à son triste sort.
 
Bien avant 1975, pendant la décennie 1950, des gens qui fuyaient la responsabilité masquaient leur peur sous différentes formes. Leur attitude a amoindri notre capacité de résister au communisme pour défendre la liberté. Ils n’aimaient pas les communistes, ils ne voulaient pas qu’ils s’emparent du Vietnam. Mais ils n’osaient pas participer à la lutte anti-communiste par peur de leur vengeance. Malheureusement leur prudence ne leur a pas permis d’échapper au sort commun de tout le peuple vietnamien : en 1954 ils ont du suivre un million de leurs compatriotes du Nord dans l’exode vers le Sud Vietnam, et en avril 1975, ils ont dû quitter le pays comme tant d’autres pour vivre en exil à l’étranger.
 
III)           Les Vietnamiens de l’étranger et la politique
 
Par Vietnamiens de l’étranger, j’entends tous les Vietnamiens qui vivent actuellement en dehors de leur pays quelle que soit la nationalité qu’ils ont choisie, pourvu qu’ils restent attachés à leur pays d’origine et gardent encore dans leur cœur l’amour pour leurs compatriotes.
 
Quant à la question de savoir que faire pour la patrie, je ne distingue pas ceux qui ont quitté le Vietnam avant ou après 1975.Car chacun a dû le faire selon les circonstances et pour des motifs qui lui sont propres. Ce qui importe vraiment c’est de savoir s’ils sont désireux de contribuer à l’amélioration de la situation politique, économique et sociale du pays. Ici, je voudrais évoquer un vieux souvenir personnel qui date d’une époque lointaine mais qui est encore significatif aujourd’hui : En 1959, venant d’Athènes où j’avais assisté à la conférence de l’Union Parlementaire Internationale, je suis arrivé à Paris les premiers jours de l’automne. J’étais alors un jeune homme de moins de 30 ans. Après avoir exercé plusieurs métiers (professeur, avocat, rédacteur en chef et directeur de journaux…) et subi bien des épreuves (emprisonnement, infortunes diverses…) j’étais habitué à affronter l’adversité au lieu de la fuir.
 
Elu député à l’Assemblée Nationale, j’avais occupé successivement différentes fonctions comme Vice Président, puis Président du Groupe « Alliance Sociale Démocrate» à l’Assemblée, Président des Commissions des Affaires Sociales, du Travail et de la Santé, des Affaires Intérieures, de la Défense…J’ai jugé qu’il était nécessaire de venir à Paris pour « désintoxiquer » l’opinion publique chargée de fausses idées sur notre régime. Ce n’était pas une tâche facile car Paris était un lieu où les communistes vietnamiens et leurs sympathisants et alliés s’agitent beaucoup.
 
Lors d’un débat public et contradictoire très animé avec les Vietnamiens de tout bord j’ai abordé toutes les questions relatives à la situation du pays. Les communistes n’arrivaient pas à avoir le dernier mot et finalement, à court d’arguments, ils ont dû se taire.
 
Depuis, tant d’eau a coulé sous les ponts. La situation des Vietnamiens s’est profondément modifiée. Les positions des uns et des autres se sont inversées. Alors qu’au Vietnam leurs soldats, ces « bô dôï », sortent de la jungle pour parader à Saïgon et leurs policiers de la clandestinité pour régler la circulation dans la cité qui porte provisoirement le nom de leur « oncle Hô », dans les pays étrangers, les communistes vietnamiens, même leurs représentants diplomatiques, n’osent plus se montrer en plein jour par peur des représailles venant des trois millions de réfugiés politiques vietnamiens.
 
Ayant perdu le pouvoir politique et la souveraineté dans le pays par l’invasion communiste, les Vietnamiens de l’étranger remportent par contre, dans leurs pays d’accueil, bien des victoires tant sur le plan moral que sur le plan matériel.
 
De l’Amérique à l’Asie en passant par l’Australie et l’Europe, les patriotes vietnamiens ont fait triompher leur juste cause devant l’opinion publique internationale. Ils ont montré combien leur combat d’antan était mal compris et dénigré par la cinquième colonne communiste et les intellectuels gauchistes des pays occidentaux.
 
Aux Etats-Unis, près de 70 grandes villes ont reconnu leur drapeau jaune à trois bandes rouges comme le symbole des démocrates vietnamiens. Les autorités de quelques grandes villes de Californie du Sud (1) ont même décidé de ne plus assurer la sécurité des agents d’Hanoï et leur ont conseillé de ne plus s’aventurer dans les villes où résident de nombreux réfugiés vietnamiens.
 
Les réfugiés vietnamiens et leurs enfants ont brillamment réussi dans leurs pays d’accueil. Leur dignité et leur talent ont été reconnus partout.
L’an passé, les Vietnamiens d’outre mer ont envoyé au Vietnam trois milliards de US$, (2)l’équivalent du total de l’aide internationale reçue par le Vietnam. Ce fait mérite d’être examiné de près, car en dehors de l’aide familiale, sociale et humanitaire, on se demande à juste titre s’il faut continuer à soutenir financièrement par ce moyen un régime dictatorial, corrompu et répressif qu’est celui d’Hanoï.
 
Ce régime est actuellement condamné, à l’extérieur, par tous les pays civilisés et combattu, à l’intérieur, par les intellectuels révoltés, les paysans dépouillés de leurs terres et même par des membres dissidents du parti communiste..
 
Tous sont conscients du danger que court actuellement la nation qui a vu s’effondrer ses valeurs morales et spirituelles traditionnelles face à la puissance de l’argent qu’une minorité de gens sans scrupules gagnent sur le dos de la grande majorité.
Les Vietnamiens de l’étranger ne sauraient rester indifférents au sort de leurs compatriotes victimes d’un régime impitoyable. Ils ne sauraient davantage observer en spectateurs la lutte courageuse menée par des démocrates pour faire triompher la liberté et la démocratie.
 
Au XXIème siècle, dans la plupart des pays du monde l’homme a atteint le haut niveau de développement moral et matériel. Vous, les Vietnamiens de l’étranger, vous bénéficiez de ce niveau de développement dans vos pays d’accueil. Aux yeux de nos compatriotes votre sort représente le rêve qu’ils poursuivent.
 
Vous qui vivez aux Etats Unis, le pays le plus riche et le plus puissant du monde qui dispose d’un revenu intérieur brut (PIB) par tête de 44 469 US$ ou 34 207 euros. Vous qui vivez en Europe avec un revenu moyen de 31 035 US$ ou 23 874 euros, alors qu’au Vietnam le revenu par tête est évalué au maximum à 500 US$, c'est-à-dire 6 fois moins que nos voisins Thaïlandais et 70 fois moins que les Japonais(3). Et pourtant les dirigeants d’Hanoï, dans les années 70, ne cessaient de se vanter d’être « le sommet de l’intelligence », eux qui, en trente ans, ont ramené notre pays à l’époque paléolithique.
 
Devant ce fossé abyssal des revenus entre le Vietnam et les pays voisins, il n’est pas étonnant de voir partout, à la campagne et dans les bas quartiers des villes, le spectacle de la pauvreté. La surface insolente des grands palaces magnifiques, des restaurants luxueux, des boîtes de nuit aux lumières resplendissantes réservés aux touristes étrangers, aux hauts cadres du régime et aux « capitalistes rouges » cache mal les cruelles réalités d’une économie artificielle à la dérive. Car sur le trottoir d’en face des enfants en haillons se bousculent autour des touristes pour mendier ou se disputent les restes des repas.
 
Plus loin et plus discrètement, d’autres enfants se prostituent pour faire vivre leurs parents. Des mères de famille « s’exportent » pour travailler à l’étranger où elles subissent quotidiennement humiliations et abus sexuels. D’autres femmes sont obligées de se marier avec les étrangers, Chinois ou Taiwanais, contre une poignée de dollars pour permettre à leurs parents de survivre.
 
La situation économique et sociale n’est pas évoquée ici pour dénigrer le régime en place mais pour attirer l’attention des Vietnamiens de l’étranger sur la nécessité de répondre à l’attente de nos compatriotes.
 
IV)           Nous ne pouvons pas rester indifférents au sort du pays
 
Ensemble nous devons mobiliser tous nos moyens et énergies dans la lutte pour restaurer la liberté et la démocratie au Vietnam. Nous devons œuvrer inlassablement pour obliger les autorités en place à restituer sans condition les biens des Eglises (catholique, protestante, bouddhique, Hoa Hao, Cao Dai…)
 
A l’étranger, nous devons recourir à des méthodes les plus efficaces pour faire connaître à l’opinion publique internationale la situation d’un peuple de 80 millions de personnes opprimé, humilié et réprimé par un régime dictatorial à parti unique qui fait régner la violence et la terreur sur le pays depuis 30 ans.
 
La pression de l’opinion internationale peut ouvrir la voie à l’intervention des pays étrangers auprès du régime d’Hanoï pour qu’il rétablisse les libertés. Ceux-ci l’ont déjà fait en d’autres lieux où des populations étaient opprimées par leur propre gouvernement.
 
Nous devrions appuyer au maximum l’action de nos compatriotes, celle des intellectuels, des anciens communistes déçus et trahis par le régime, des agriculteurs expropriés du Nord, qui tous réclament la liberté et la démocratie.
Devant cette marée montante de la révolte de notre peuple contre la tyrannie nous devrions éviter tout acte, volontaire ou involontaire, susceptible de renforcer un régime qui exploite sans pitié un pays en ruine pour enrichir ses acolytes dont l’avidité est sans limite.
 
Ne laissons pas les communistes d’Hanoï profiter de notre désir de visiter notre terre ancestrale pour nous prendre en otage. Si pour des raisons familiales nous rentrons au pays pour une courte période chacun de nous doit trouver le moyen d’informer nos compatriotes que plusieurs grandes puissances, surtout les Etats-Unis, ne cessent de dénoncer la violation des droits de l’Homme au Vietnam. Elles n’hésiteront pas à aider tout peuple qui mène la lutte pour défendre la liberté et la démocratie comme l’a solennellement déclaré le Président George W. Bush lors de  l’inauguration de son second mandat.
 
Plus que jamais, les Vietnamiens de l’étranger doivent contribuer par leurs biens, leurs talents et leurs énergies à l’édification d’un nouvel espace de liberté, de démocratie, de paix et de progrès  que devra être le nouveau Vietnam.
 
Plus que jamais, nous devons rester vigilants face aux noirs desseins du Parti communiste vietnamien (PCV) visant à semer le trouble et la division dans nos rangs. La résolution No 36 de son Bureau politique elle même les a dévoilés quand elle avançait des arguments de pure propagande pour flatter et  menacer à la fois les Vietnamiens de l’étranger. Que les communistes d’Hanoï se proposent d’« aider » les Vietnamiens vivant en Europe et aux Etats-Unis qui disposent des revenus cent fois supérieurs à ceux de leurs compatriotes restés au pays prête à rire.
 
                    V)           Message aux jeunes Vietnamiens de l’étranger
 
A l’étranger, avec la réussite de leurs aînés, les Vietnamiens des nouvelles générations, nés et grandissant loin de leur pays d’origine ont par leurs succès scolaires et universitaires honoré le peuple vietnamien tant en Europe, en Australie qu’aux Etats-Unis.
 
Je voudrais m’adresser, ici, à vous, jeunes et brillants compatriotes pour vous dire ceci : vous qui ne connaissez notre pays qu’à travers la lentille des médias ou à travers ce qu’on vous a raconté. Vous qui connaissez notre pays lors de brèves visites touristiques durant lesquelles vous avez pu voir de beaux paysages, des sites historiques prestigieux, des parents, quelques grandes villes comme Hanoï et Saïgon. Mais vous n’avez pas eu le temps nécessaire pour observer la misère de vos concitoyens, qui contraste avec les apparences d’une prospérité et d’un luxe tout artificiels qui sont des insultes pour les 87% de la population qui vivent dans la pauvreté.
 
Dix millions de gens vivant en ville et quelques uns à la campagne constituent le sommet de la société. On les dénomme « les capitalistes rouges ».Ils possèdent des millions, voire des centaines de millions de dollars. Ce sont des dirigeants du PCV, de l’Etat, des cadres puissants qui occupent les fonctions importantes dans la structure du pouvoir politique et dans les grandes entreprises publiques.
 
Tandis que vous devez tous fournir de sérieux efforts pour obtenir des bourses, emprunter de l’argent et même travailler pour financer vos études, les enfants des « capitalistes rouges » sont envoyés, dès qu’ils sont encore dans l’enseignement secondaire, à l’étranger pour faire leurs études dans le luxe, dépassant le train de vie des enfants des riches des pays d’accueil.
 
Au même moment, à Thai Binh dans le Nord Vietnam, à Quang Nam dans le Centre et à Ca Mau dans le Sud des dizaines de milliers d’enfants ont du abandonner leurs études parce que leurs parents n’ont pas le moyen de payer leurs frais de scolarité.
Vous qui vivez dans la « Ville de la lumière » de Paris, vous qui vivez dans de beaux gratte-ciels à New York ou à Chicago, comment pourriez vous oublier ces pauvres enfants qui courent après les touristes étrangers pour mendier devant les hôtels ou qui se vendent pour aider leur famille. Dans leurs veines coule le même sang que le vôtre. Comme nous tous, ils descendent de l’union légendaire d’un Dragon sacré et d’une Déesse fondateurs du peuple vietnamien. Seulement le destin a voulu qu’ils naissent et grandissent dans un pays gouverné par les communistes.
 
Notre devoir à tous, jeunes comme vieux, est de travailler activement et efficacement à la recherche d’une solution susceptible de réaliser la liberté et la démocratie pour le pays et d’ouvrir la voie à un avenir radieux pour le peuple. 
 
L’opportunité que nous avons en ce moment n’a jamais été aussi propice pour atteindre cet objectif. Aucune oeuvre n’est aussi glorieuse que cette action au service du pays. Actuellement, au Vietnam comme dans le monde entier, le mythe Ho Chi Minh glorifiant la guerre anti-capitaliste, anti-impérialiste, s’est dissipé comme un mauvais vent pour faire apparaître toute la vérité historique. Bien plus, le « processus pacifique de démocratisation » est en marche pour conduire le Vietnam vers la liberté.
 
En dehors de sa propre famille dont chacun de vous s’occupe activement vous pouvez toujours poursuivre un idéal de votre vie. Et il n’est plus noble idéal que celui de servir sa patrie et son peuple. Vivant loin de votre pays d’origine, vous trouverez dans cette action l’occasion de retrouver vos racines et le moyen d’éviter la perte d’identité. Vivant loin de notre pays, nous sentons parfois le poids de la solitude, même quand nous nous trouvons parmi les amis les plus proches. Car ceux-ci ne sont pas de la même race, n’ont pas le même héritage culturel que nous.
 
Vous êtes certainement des gens compétents et performants. Mais à l’étranger vous vous cantonnez le plus souvent dans vos activités professionnelles, dans vos spécialités. Dans vos pays d’accueil, qui sont des pays développés, il ne manque pas de talents alors que chez nous on a besoin de vous. Vous pouvez jouer là bas un rôle très important dans la reconstruction et la modernisation du pays. Vous pourrez même devenir plus tard des dirigeants qui décideront de la politique d’un Etat en voie de démocratisation.
 
La population du Vietnam commence à dépasser 80 millions d’habitants. Une fois démocratisé, modernisé et assaini par des dirigeants ayant le sens de l’Etat notre pays saura occuper une position digne de son rang dans la communauté internationale.
 
Vous devriez participer à ce voyage de retour aux sources, un voyage exaltant et rempli d’espoirs qui demande beaucoup d’efforts et qui vous mène vers la gloire.
 
Pour l’instant, vous continuez à exercer normalement vos activités professionnelles dans vos pays de résidence. Votre participation à l’action politique consiste seulement à soutenir par votre intelligence et votre ardeur la lutte commune menée avec détermination par tous ceux qui veulent changer la situation du pays par voie démocratique. Le monde nous observe et est prêt à nous appuyer si nécessaire.
 
Vous, jeunes Vietnamiens de l’étranger, il ne faut pas vous enfermer dans vos coquilles individuelles à dimension réduite pour vous contenter de quelques conforts matériels. Il ne faut pas enterrer votre vie dans l’anonymat du pays d’accueil. Il est temps pour vous de choisir entre une vie monotone qui est un pur gâchis et une vie exaltante et utile menée au service de la Nation d’origine. Vous serez fiers de cette dernière car elle vous apportera une gloire digne de vous.
 
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Faire de la politique ou ne pas en faire au moment où la patrie vous attend. Je crois que la réponse est claire. C’est la réponse des Vietnamiens d’outre mer dont le cœur se tourne vers la terre ancestrale avec une foi indestructible dans l’avenir radieux d’un Vietnam démocratique et libre, un Vietnam qui perpétue la tradition humaniste,  de concorde et de fraternité, un Vietnam qui avancera avec détermination dans le renouveau quand la sinistre parenthèse communiste de l’histoire sera définitivement fermée.
 
Paris, Printemps 2005 
Lê  Trọng Quát
                                                                      
 
(1)   Plusieurs villes, aujourd’hui.2013
(2)   Environ 8 milliards de dollars US en 2012
(3)   Chiffres à actualiser bien évidemment.
 
 

 

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